
Le logement collectif domine le paysage bâti francilien : immeubles haussmanniens, barres des années 1970, résidences neuves du Grand Paris. Tous ces bâtiments d'habitation obéissent à un texte unique, l'arrêté du 31 janvier 1986relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation. Selon la hauteur de l'immeuble, la structure porteuse doit résister au feu pendant une durée précise — et lorsque la charpente est métallique ou que le béton est insuffisamment enrobé, le flocage coupe-feu est la solution. Voici comment lire la réglementation et où le flocage intervient.
Les quatre familles de bâtiments d'habitation
L'arrêté de 1986 classe les bâtiments d'habitation en quatre familles, principalement selon leur hauteur. Cette classification commande ensuite toutes les exigences de sécurité, à commencer par la résistance au feu de la structure.
- 1re famille — habitations individuelles isolées ou jumelées à un étage sur rez-de-chaussée au plus.
- 2e famille— habitations individuelles de plus d'un étage et habitations collectives comportant au plus trois étages sur rez-de-chaussée.
- 3e famille — habitations collectives dont le plancher bas du logement le plus haut est à 28 m au plus du sol. Elle se subdivise en 3e famille A (accès direct des escaliers, R+7 maximum) et 3e famille B (au-delà de ces conditions).
- 4e famille — habitations collectives dont le plancher bas du logement le plus haut se situe entre 28 m et 50 m. Au-delà de 50 m, le bâtiment bascule en immeuble de grande hauteur (IGH), régi par un texte distinct et bien plus contraignant.
La stabilité au feu exigée par famille
Pour chaque famille, l'arrêté impose une durée minimale pendant laquelle les éléments porteurs verticaux doivent conserver leur capacité portante en cas d'incendie. Ces durées se traduisent directement en classes R (résistance mécanique au feu) :
| Famille | Stabilité au feu | Classe |
|---|---|---|
| 1re famille | ¼ heure | R15 |
| 2e famille | ½ heure | R30 |
| 3e famille | 1 heure | R60 |
| 4e famille | 1 heure ½ | R90 |
Ces degrés correspondent à un essai au feu normalisé. Pour comprendre ce que recouvrent précisément les classes R15 à R90, notre article sur les degrés de stabilité au feu R30 à R120 détaille la logique des minutes de résistance.
Où le flocage intervient-il dans un immeuble d'habitation ?
Dans un immeuble en béton armé courant, l'enrobage des armatures suffit souvent à atteindre R60 ou R90. Le flocage devient indispensable dans plusieurs configurations fréquentes en Île-de-France :
- Structures métalliques — poutres, poteaux et charpentes acier des résidences contemporaines, des surélévations bois-métal et des halls d'immeuble ouverts.
- Planchers mixtes acier-béton — les planchers collaborants employés dans le neuf et la réhabilitation lourde.
- Sous-sols et parkings — niveaux enterrés dont la structure doit protéger les logements situés au-dessus.
- Béton sous-dimensionné— bâtiments anciens dont l'enrobage ne garantit plus le degré requis après diagnostic.
Le cas particulier des parkings sous habitation
La plupart des immeubles collectifs franciliens comportent un parc de stationnement en sous-sol. Ce parking constitue un risque d'incendie majeursous les logements : la structure qui sépare le parc des niveaux habités doit donc présenter une résistance au feu renforcée, généralement de l'ordre de REI 90 à REI 120 selon la configuration et la superficie.
Les poteaux et poutres de ces niveaux enterrés sont presque toujours floqués. Nous traitons cette problématique en détail dans notre guide du flocage coupe-feu en parking souterrain, dont les principes s'appliquent directement aux parcs d'immeubles d'habitation.
Réhabilitation et surélévation : un enjeu francilien
En Île-de-France, l'essentiel des chantiers ne porte pas sur du neuf mais sur la transformation du parc existant : surélévation d'immeubles pour créer des logements, transformation de bureaux en habitations, rénovation énergétique lourde. Ces opérations modifient souvent le classement par famille et donc le degré de stabilité exigé.
- Une surélévationpeut faire passer un immeuble de 3e en 4e famille, imposant alors R90 sur l'ensemble de la structure porteuse.
- Une transformation de bureaux en logementsfait basculer le bâtiment du régime ERP/code du travail vers l'arrêté de 1986, avec une relecture complète des protections.
- La structure ajoutée, souvent métallique pour limiter le poids, doit être floquée pour atteindre le degré de la nouvelle famille.
Mise en œuvre et réception du flocage
Le choix entre flocage pâteux et flocage fibreux dépend de l'exposition, de l'aspect attendu et du PV d'essai du produit. En partie habitée, on privilégie souvent un produit pâteux à finition soignée ; en sous-sol et parking, le fibreux économique reste pertinent. L'épaisseur appliquée découle d'une note de calcul intégrant le facteur de massiveté de chaque profil et la classe visée — un sujet que nous développons dans notre méthode de calcul d'épaisseur de flocage.
À la réception, des mesures d'épaisseur au peigne-jauge confirment la conformité aux PV. Le dossier technique est ensuite remis au maître d'ouvrage et tenu à disposition des autorités.
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Questions fréquentes
Tous les immeubles d'habitation doivent-ils être floqués ?
Non. Le flocage n'est requis que lorsque la structure ne satisfait pas, par elle-même, au degré de stabilité de sa famille. Un immeuble en béton armé correctement enrobé peut atteindre R60 ou R90 sans flocage. À l'inverse, toute structure métallique apparente doit être protégée.
Quelle différence entre 3e et 4e famille pour le flocage ?
La 3e famille exige une stabilité au feu d'une heure (R60) et la 4e famille d'une heure et demie (R90). Concrètement, le passage en 4e famille augmente l'épaisseur de flocage à appliquer sur les profils métalliques, pour une même température critique.
À partir de quelle hauteur parle-t-on d'IGH ?
Lorsque le plancher bas du dernier niveau d'habitation dépasse 50 m, le bâtiment n'est plus une 4e famille mais un immeuble de grande hauteur (IGH de classe GHA), avec des exigences de R120 minimum et des contrôles renforcés.
Le flocage du parking est-il obligatoire sous un immeuble ?
La structure séparant un parc de stationnement des logements situés au-dessus doit présenter un degré coupe-feu élevé, souvent REI 90 à REI 120. Sur poteaux et poutres métalliques, ou sur béton insuffisant, le flocage est le moyen le plus courant d'atteindre ce niveau.
Une surélévation change-t-elle les exigences de flocage ?
Oui. En augmentant la hauteur du plancher bas du logement le plus haut, une surélévation peut faire changer l'immeuble de famille et donc relever le degré de stabilité exigé sur toute la structure. Un diagnostic préalable est indispensable avant de définir le flocage.